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18.02.2008

Et la boucle se bouclera (suite 9)

À peine sortit de la gare centrale d'autobus, je me mets à marcher en me souvenant d'une découverte, il y a deux ans, alors que je me dirigeais inexorablement vers ma vie de sdf. Il y avait un gars qui avait abusé de l'héroïne dans sa jeunesse, et que j'avais aperçu à plusieurs reprises errant dans les rues de la ville où j'habitais, non loin de Montréal. Il haranguait, interpellait, psalmodiait, s'arrêtant brusquement, hurlant ... Ce soir-là, il était tard, deux heures du matin, et il faisait moins trente degrés. Je regagnais la petite chambre mal chauffée que j'occupais, ultime rempart contre la chute. J'avais emprumpté "l'Assomoir" de Zola à la bibliothèque, histoire de me mettre dans l'ambiance de ce que peut être une descente aux enfers que je voyais se profiler... Et je vois ce gars marchant à grands pas, le regard halluciné, tournant en rond dans le centre-ville pour ne pas geler sur place. Je constaterai qu'il faisait ça toute la nuit, toutes les nuits, tout l'hiver, et dès que les commerces ouvraient, il allait se réchauffer, puis dormir dans un centre commercial, une bibliothèque, le reste de la journée, pour se faire jetter en début de soirée... Je frémissait en me demandant si il pourrait tenir comme ça tout l'hiver. Je le revis l'été suivant, et je suis resté impressionné par sa capacité de survie. Et ce soir, je me pose la question. Vais-je faire comme lui pour une nuit? C'est la première solution qui me vient à l'esprit en me faisant jetter de la gare centrale. Mais à peine quelques minutes dehors, et je me mets à grelotter. Je ne suis pas assez couvert, je n'ai pas assez mangé aujourd'hui pour affronter ce temps. Deuxième pensée, aller au commissariat le plus proche... mais bon, même si je n'ai rien à me reprocher, je n'ai pas forcément envie de passer la nuit  au poste, arrêté pour vagabondage ou que sais-je... Il me reste 40 dollars en poche. J'hésite quelques minutes à dépenser tout ce qu'il me reste pour me loger ce soir. Pour ce prix, je peux me trouver une chambre glauque dans un hotel pourri. Pas envie du tout, mais ne voyant pas d'alternative valable, je cède à cette solution. Il ne me restera rien demain, mais je pourrai emménager en fin de journée dans mon nouveau chez-moi. J'aviserai ensuite... Une chose à la fois! Je me dirige en plein coeur du "red light", avise un hotel qui propose des chambres à 35 dollars. Pas le choix... Je grimpe la volée de marche qui mène à la réception... Je n'ai jamais mis les pieds dans un endroit pareil. Tout respire le sordide! Je demande à voir la chambre. Elle est immonde. Le sol est couvert d'une moquette râpée et tâchée, les murs jaune pisseux ne sont pas mieux, le plafond qui fut blanc jadis est auréolé de traces d'humidité. J'ouvre le lit. Les draps sont propres. Il n'y a pas de cafards ou d'araignées, c'est chauffé... Allez, pour une nuit...!!! Je dormirai tout habillé!

12.02.2008

logique implacable...

 

SERMON


Une petite expérience valant mieux qu'un long discours, un pasteur décide
qu'une démonstration donnerait plus de poids à son sermon du dimanche.

 


Pour cela, il met quatre vers dans quatre flacons :


- le premier ver dans un flacon d'alcool,

- le second dans un flacon plein de fumée de cigarette,

- le troisième dans un flacon de sperme,

- enfin le dernier, dans un flacon d'eau bien propre.


A la fin de son sermon, le pasteur donna les résultats de l'expérience :


Le ver dans le flacon d'alcool est mort.


Le second, dans le flacon plein de fumée de cigarette, est mort.

 

Le troisième, dans le flacon de sperme, est mort.


Le dernier, dans le flacon d'eau bien propre, a survécu.

Le pasteur demande à l'assemblée :
Quels enseignements pouvons-nous retirer de cette démonstration ?


...


...

 


...


On entend alors la voix d'une petite vieille du fond de l'église :

 


- Tant qu'on boit, qu'on fume et qu'on baise, on n'aura pas de vers !!

 

10.02.2008

Et la boucle se bouclera (suite 8)

Quand le bus arrive enfin, seulement deux voitures sont passées sur cette voie rapide qui mène à l'aéroport international de Montréal. Habituellement, jour et nuit, la circulation est ininterrompue. Mais là, pas d'avion... donc pas de voitures!!! Je monte dans le bus. Je suis le seul passager, et le chauffage a peine à transférer sa chaleur dans mes veines. Ce n'est qu'arrivé dans le métro que je commence à me sentir bien. Arrivé à l'hotel, je mange quelques biscuits et bois un peu de jus de fruit en savourant pour la dernière nuit ce confort douillet. Je dors bien et me lève assez tôt le lendemain matin. Il me faudra au moins deux voyages pour amener toutes mes affaire dans ma voiture. Je dois quitter la chambre avant midi, mais je me pointe à deux heures. La réceptioniste fait la gueule et me sermone, mais ce n'est pas mon soucis. Je ramasse mes dernières affaires et fais un nouveau voyage à ma voiture. Je ne garde qu'un sac avec le reste de nourriture, mon ordinateur portable qui, avec mon nouvel oeil ne me quitte plus, direction la gare routière centrale. La quasi totalité des départs sont annulés, et, au milieu de la foule de voyageurs piégés, je me trouve une petite place sur un banc. Un vieux monsieur viens s'assoir à côté de moi et engage la conversation. Il est seul, s'ennuie, alors il vient là en métro. Avant il y retrouvait ses amis, mais ils sont tous morts... alors il vient, il regarde les gens, parfois leur parle. Il est content ce soir de pouvoir discuter avec moi. Malgré son discours teinté de propos racistes (il n'a pas l'air de se rendre compte... je bous (si si, du verbe bouillir, présent de l'indicatif...)). Mais bon... il dira ensuite que je suis bien sympathique et qu'il apprécie la conversation que nous avons. Depuis longtemps, je pense que communiquer, même avec les personnes dont les convictions me sont inacceptables, me paraît la meilleurs solution pour faire progresser la pensée et l'attitude de ces gens. L'éducation, même si c'est au prix de bien des efforts de "self control". Il se souviendra au moins quelques temps qu'il a passé un agréable moment à discuter avec un étranger au teint basané!

Il rentre chez lui avant le dernier métro, vers 23 heures. Peu de temps après, je vois deux vigiles qui font le tour des voyageurs. Seuls ceux munis d'un titre de transport peuvent rester dans la gare. Le autres sont priés de sortir et les portes sont fermées. Je me retrouve dans la rue, et la tempête ne s'est pas calmée. Il fait vraiment froids, je n'ai pas vraiment bien mangé depuis deux jours et je suis toujours aussi mal habillé. Je me mets à grelotter immédiatement. Il faut que je réagisse vite. Je fais le tour des options qui s'offrent à moi...

05.02.2008

Et la boucle se bouclera (suite 7)

De retour à ma chambre d'hotel, mon téléphone portable tout neuf sonne. Ça ne fait pas trente minutes que je les ai quitté, et les filles rappellent. "Bon, ben c'est ok..."

Douce chaleur sur ma vie en cette fin d'année 2007. On prend arrangement, ma chambre sera libre dans deux jours. Une fois payé le loyer, il ne me reste plus de quoi payer une nuit supplémentaire à l'hotel. Demain midi, je dois quitter cette chambre. Je dormirai à la gare routière centrale, me dis-je. La neige abondante qui tombe depuis deux jours paralyse la ville et avec la confusion qui y reigne, je ne pense pas que l'on m'en chasse. L'aéroport est fermé, plusieurs grands axes routiers aussi. Je me mets sur mon ordi tout neuf et commence à réactiver mes affaires. Mettre à jour mes profils sur les sites que j'utilise pour gagner ma vie, archiver et transférer mes documents, mes notes, accumulés en deux ans d'errance sur mon vieil ordi portable et sur mes clés USB. Il me reste 40 dollars, un peu de jus de fruit, quelques biscuits, une passe hebdomadaire de transports en commun...

Je décide d'essayer de récupérer mon auto. Je prends le metro, puis le bus pour atteindre le parking où, contre toute attente, elle m'attend encore.

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Je suis ému de la retrouver là, cinq mois après l'avoir abandonné pour aller en France, constatant qu'après l'avoir vue du ciel, je peux vraiment la toucher.... Elle n'est pas trop enneigée, contrairement à d'autres sur le stationnement.

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J'essaye de la démarrer. Impossible. La batterie n'est pas totalement morte, mais ne veut pas même faire tourner le démarreur un tant soit peu. Après 20 minutes passées à la déneiger tant bien que mal, j'ai un début d'angelures aux mains. Je me réfugie dans la voiture alors que le vent et la neige redoublent. Quand j'arrive enfin à me réchauffer un peu, une douleur violente se fait sentir dans mes doigts. Souvenir d'une journée où je me suis gelé la cornée des yeux après avoir marché 28 km par moins trente-cinq au plus froid, mes yeux s'embuent, tant par la sensibilité au vent que je traine depuis, qu'à cause de la douleur de mes mains qui tentent de reprendre vie. Je ne dois pas rester là. Je ramasse mon sac et affronte à nouveau la tempête pour atteindre un arrêt de bus. Juste un panneau d'arrêt, pas d'abri! Les dix minutes d'attente me parraissent interminables. Je tremble de tout mon corps, grelotte, tape du pied, fais les cent pas... Je n'ai pas de vêtements assez chauds, et qu'une petite paire de gants de laine à 1$... Le vent me pénètre, se glisse vicieusement dans tous les interstices que ma tenue lui offre généreusement. Si j'étais au milieu des bois, je ne donnerai pas cher de ma peau! Il va absolument falloir que je me trouve des vêtements plus adéquats!

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